16.6.14

Au vues et aux voyeurs

Possesseur de bibelots
Pendeloques et pend-au-cou
Grigris tremplins de l’ego
Vitrine de pseudo gourous
Achète par centaines
Délicieux amuse-peines
Colorés comme on les aime
Blancs comme le chrysanthème
Noire comme une peau d’ébène
Mauve comme un poème arc-en-ciel

Dire et redire les mêmes choses, finalement se contredire dans un style prose. Cause encore dans ton écrit incompris nouveau Médor de la poésie : pourquoi m’échine à bien faire quand la guerre pour le sens la gagne celui qui lit. Avec hargne je décape la pensée qui m’échappe, j’en retire la moelle épinière en rimes et en vers. J’ai des questions et mes réponses, pour vous qu’une prise de position où des mots creux en quinconce veulent devenir or étant bronze. Je n’ai jamais dit que je n’étais pas quelconque.
Prends ton dû, donne ton cru.
Nous sommes un, fais ton message puis dégage.

Ton beau regard hagard
Digne d’un verbal millénaire exercice
Est ce qui t’égare
A vouloir trouver beauté ou vice
Le diamant n’est qu’un charbon lisse
L’art n’existe que dans ta pupille
Et hérisse ton iris



26.4.14

Back to Metropolis

De nouveau avec amies sardines
Dans notre boîte aérienne
On replie la tablette et l’échine
Adaptant notre dégaine
Réduit ta conscience
Au fin voile
Qui fait décoller l’engeance
De son sol natal
Grâce à technique et mécanique
Viens à Metropolis
Grâce aux vapeurs d’anxiolytiques
Oublie son odeur de pisse

Back to Metropolis
Bétail dans le ventre
Du serpent acéphale qui crisse
Dans un vent creux
S’enferme dans le mal
Qu’il croyait combattre
Cet ennemi dit instinct animal
Qui remonte nos ressorts automates

L’action est devenue politique
Le poème un amuse-gueule
La philosophie théorique
La vie linceul
M’apparaissent lisses
Les visages sans nom
Mes traits n’esquissent
Ni vers ni réflexion

Welcome back to Metropolis



19.4.14

L'alchimiste ambulant

Poussière d'argile
Animaux de la boue
Ont cœur malléable et manières malhabiles
Face à cet organe fou
Il s'ouvre et se referme
Au contact des épidermes
S'étend et se contracte
Au goût d'une bouche scellée
Par l'émanation muette d'un pacte
Du sexe et la pupille dilatés

Il faut bientôt revêtir
Une armure en fer blanc
Que déposent ses dires
Sur ta carcasse avec le temps
Mais fond le mur de fer
Craque la douleur qui t'enserre
L'armure est à la guerre
L'amour est à la peau

Ma carcasse est une carapace
Dorée comme une lèchefrite
Tous les jours se casse
Mais revient par l'alambic
L'alchimiste ambulant
Cherche encore dans les manuels
A transmuter en or le fer blanc
A aimer les maquerelles
Il lui manque un dernier ingrédient
Qui tue le temps et l'ego
Son or aime par cahots
Il ne sort que parfois de l'eau

Poisson volant



El aquelarre, Goya (1797-98)

5.3.14

Un et un font trois ou un

On ne fait que parler
Déféquer de notre grande bouche
Les inventions d’une langue souche
La cime monde des idées
Les mots se poussent pour sortir
Moussent pour fuir l’haleine
Et les dents qui vont jaunir
Mot n’occis mort que de façon vaine
Repousse la solitude à coups de langues
Boomerangs d’où la lassitude pousse
Couchées sur une feuille ou un drap-housse
Paroles ou maîtresses ont l’âme qui tangue
Mais quand les sangles reposent
Qu’une bafouille l’autre reprend
La douille d’une balle en argent
Qu’elle transmute par la cellulose
Le mot s’écrit mot pour mot
Pourtant ravive le mauve des Ormeaux



24.2.14

Astrologie ou éronomie?

Les vagues de dunes
Et les dunes de vagues
Lèvent leurs bras vers les lunes
L’une qui boit et divague
S’écrasant sur la plage
Mémorielle des premiers hommes
Cannibales croqueurs de pommes
Sodomites érophages
L’autre blanc réverbère de nos nuits
Réserve la sensation immortelle
De l’innocence du baiser écrit
De l’amour d’une muse immatérielle
Et dunes de vagues et vagues de dunes
Ne voient que l’une des lunes
La forme avantageuse de leurs ellipses
Montre l’une l’autre s’éclipse

5.1.14

Lagarto anillo de plata

Te cegaron las palabras
Pupilas sin iris con las que cargas
Inútiles objetos rebosan de sentimiento
Mucho hablo poco hago y miento
Poeta estate atento
Pues tienes los ojos cerrados
Y tu lengua se mueve con el viento
Querrías con tus verbos versados
Lijar las lenguas amargas
Y abrazar la luna de las fraguas
Pero solo acarician el oído
Del sofista universitario
De buena familia y buen barrio
Rebozándose en versos sin sentido
Si el verbo acto no desata
La palabra es mortal
Puro escupitajo bucal
O mi lagarto anillo no es de plata



24.12.13

Nos muses d'aujourd'hui

Les orgiaques lumières de minuit
Vibrent sur l'auréole
De sa kératine qui blondit
Eclairant sa peau créole
Chitine d'une cité cyclopéenne
Noire comme le vide
Son épiderme incertain décide
De baptiser mon poème

Muse tu m'abuses
Tu uses et t'infuses
Des opiums pour que fusent
Tes yeux de Méduse

Les mots organiques que tu m'épèles
Montrent au jour une varicelle
Vapeurs d'acides inhalés
Chaleurs avides inventées
Muse hermèphile du voyage
Qui change d'air et de visages
Tu me fuis mais toujours reviens
Attirée par l'odeur du doux venin



Alexandre Cabanel, Phèdre (détail), 1880